Hope Classic Rally 2018

Ce matin en me levant, je  savais déjà que la journée serait différente. Différente parce que le ciel londonien laissait présager d’une météo toute britannique, mais aussi parce que j’allais avoir l’occasion de conduire quelque chose que j’avais entendu « être unique ».

En arrivant sur le parking de l’hôtel, j’étais déjà dans un autre monde. Un monde qui me propulsait immédiatement dans le milieu des « gentlemen drivers » et autres collectionneurs de voitures classiques.

Imaginez, vous arrivez sur un parking bondé de voitures de collection. Pas des voitures de collection version « matchbox » au 1/36 ème avec lesquelles je jouait dans le bac à sable devant la maison quand j’avais encore besoin que quelqu’un me surveille pour ne pas que je mette le sable à la bouche. Non, des vraies voitures de collection. Des véhicules qui sont sortis d’usine quand vous n’aviez pas encore votre permis de conduire et pour certains, vous n’étiez même pas né.

Me voilà donc en train de tourner autour de la DB5 de ce bon vieux 007, une Aston Martin dans un état tellement parfait qu’elle donnait l’impression qu’elle sortait d’usine. J’inspectais d’ailleurs soigneusement les environs pour voir si par hasard Sir Sean Connery n’était pas dans les environs, mais après m’être assis à l’intérieur et cherché en vain le bouton du siège éjectable, j’ai rapidement compris que ce n’était pas la sienne. Après avoir vérifié les 3 autres DB5 du parking, j’ai rapidement et malheureusement éliminé tout espoir de voir James Bond ce samedi.

Le rêve ne s’arrêtait cependant pas là.

À ma droite une série de Jaguar Type-E, dont une en version « tout alu » pour la course, capots ouverts et moteurs que même ma table de cuisine n’est pas aussi propre. À ma gauche la Ferrari Dino de Danny Wilde dans « Amicalement Vôtre » et trois pas plus en arrière, l’Aston Martin de Lord Brett Sinclair dans la même série.

Si vous ne savez pas de quoi je parle, c’est que vous êtes nés une génération trop tard ou que vous êtes un mes fils.

Je peux largement concevoir qu’une voiture se résume à 4 roues, un volant et un siège qui vous trimballe du point A au point B, personnellement c’est exactement ce que je pense, n’ayant ni la fibre collectionneur, ni l’envie de me tatouer la marque d’une voiture sur l’avant-bras, mais il faut tout de même reconnaître que quand vous arrivez sur un parking sur lequel trône une trentaine de voitures et que, pour vous mettre dans l’ambiance on vous dit qu’il y en a pour 25 millions de Livres Sterling, ça calme et ça remet les choses en place.

Même si la Livre n’est plus ce qu’elle était depuis l’avènement du BREXIT, ce n’est pas non plus la première concession Dacia venue.

Je l’avoue pendant plusieurs minutes qui, bout à bout, devaient bien faire une heure entière, j’ai erré là entre ces voitures qui me faisaient bien comprendre qu’il y avait un monde de collectionneurs là-dehors que je ne connaissais pas et dont je ne faisais pas partie. Même si ma Volvo, ses 140’000 kilomètres et ses bugnes dans tous les coins se rapproche gentiment de la collection, ce n’est pas pour les mêmes raisons.

Devant moi se tenait un musée de l’automobile dans un état parfait. Les Anglais n’ont peut être pas gagné la Coupe du Monde, mais ils savent comment valoriser ces trésors sur 4 roues.

Ferrari Daytona, Ferrari 250 GT SWB, Mercedes 300SL, Ferrari 250 PF Cabriolet ou encore Jaguar XK 150 ou même une Iso Rivolta, sans compter le nombre de Porsche 911 ou même de 356 Speedster. Difficile de rester « focus » sur une seule voiture et encore plus difficile d’en choisir une seule. Heureusement que l’organisation m’avait désigné un véhicule d’avance, sinon je serais resté la journée sur le parking en essayant de faire un choix.

Je tiens à préciser que je fais le malin en vous lançant des type de voitures comme si je savais ce que c’était, mais avant d’arriver là-bas et d’avoir le catalogue en mains, je n’en n’avais aucune idée sauf pour celles qui avaient tenu le premier rôle dans « Goldfinger » ou dans un épisode d’une série télé oubliée, il y avait même un Range Rover Defender qui avait du jouer dans Daktari.

Alors que je tournais autour d’une Ferrari 250 GT SWB en me demandant sincèrement comment je pourrais la faire disparaître et la ramener en soute lors de mon vol British du lendemain, un des membres de l’organisation me tapa sur l’épaule…

Ma réaction fût immédiate, comme s’il lisait dans mes pensées, je clamais immédiatement mon innocence. Mais il ne voulait que me remettre les clés de la voiture qui m’était destinée…

C’était donc là que la seconde partie de cette journée de rêve commençait…

Sur le porte-clés de la voiture il y avait un cheval cabré. Mais pas un de Maranello, un de Stuttgart. Pas le même bruit, pas le même look, pas le même cheval quoi. Même que c’est carrément une jument.

En ce jour de début d’été j’allais donc conduire une Porsche 2.7 RS de 1972 durant tout une journée.

Pour être franc avec vous, avant de monter dedans et de « googler » Porsche 911 2.7 RS, Je pensais simplement monter encore dans une AUTRE banale 911 – sachant que dans les rues de Genève, il y a bientôt plus de 911 que Mini-Countryman, dépendant des bonus payés dans les banques au mois de février. J’étais d’ailleurs limite déçu sachant toutes les Aston Martin et autre Jaguar qui me tendaient les pattes à bout touchant.

C’est en finissant de « googler » que je commençais à avoir les mains moites, les jambes tremblantes et la goutte de transpiration qui coule le long de la colonne vertébrale. Cette dernière n’était pas là   àcause des trois rayons de soleil qui perçaient en ce matin blême tout britannique, non, c’était parce qu’en lisant la description du bolide dans lequel j’étais assis, je me rendais compte qu’il valait pas loin d’un million d’euros. Visiblement j’étais en train de réaliser le rêve de gosse de la plupart des « porschistes » du monde.

Alors évidemment, ce n’est pas la chose la plus intéressante si vous êtes un collectionneur convaincu, mais pour moi ça voulait dire beaucoup. Surtout que si je finissais en frontal dans un giratoire – parce qu’en plus en Angleterre, ils ne roulent pas dans le même sens – j’aurais beaucoup moins de plaisir à rédiger cette chronique voir à prendre mon avion, surtout si je finis accroché au mur d’une cellule de la Tour de Londres pour « reckless driving » et destruction de voiture de collection. Infraction qui doit au moins être punie par une ingurgitation répétée de gigot à la menthe jusqu’à que mort s’ensuive.

À ce stade, je vais vous passer la description de la Porsche 2.7 RS, tout d’abord parce que n’importe quel site automobile sur le sujet le fera sûrement mieux que moi et que pour être franc ; la genèse de la frénésie qui tourne autour de cette voiture en particulier me passe un peu au-dessus de la tête, même s’il faut reconnaître qu’elle devient rapidement attachante.

Je vous laisse donc aller sur Wikipédia pour avoir tous les détails sur « l’historique de ce mythe » pour les fans de Porsche. De toute manière, pas besoin d’en savoir trop, surtout quand le propriétaire du véhicule vous remet les clés et vous explique les détails de base et que l’on sent bien que s’il vous remettait son fils ou sa fille, il n’en serait pas moins stressé.

Sachez juste qu’il n’y a que très peu de 2.7 RS, que c’est quasiment des voitures de course de l’époque et que si vous croisez un fanatique de la marque et que vous lui dites qu’elle est moche, il va vous casser les deux genoux avec un cric. Et puis alors si vous voulez briller en société et faire genre le type qui s’y connaît en Porsche, vous pouvez toujours parler de l’aileron en « queue de canard ». Ce terme désigne l’aileron arrière de la 2.7 RS – il est typique de ce modèle et les « porschistes » se liquéfient rien qu’en en parlant.  Alors ça fait toujours bien  à placer lors d’une soirée « Aux Voiles » à Genève – entre « j’ai gagné 20 millions en traitant du Facebook l’an passé » et « je suis le meilleur trader de Genève », vous rajoutez : « j’ai conduit une 911 – 2,7RS avec l’aileron « queue de canard » et votre soirée sera réussie.

La 911 que l’on m’a remis religieusement était un modèle « Touring » – une version civilisée par rapport à l’autre qui selon mon enquête est quasiment introuvable et donc sûrement encore plus chère. Le stress du prix de celle-là était déjà largement suffisant pour moi. À l’intérieur du cadre de porte (côté conducteur), il y avait un numéro. Le huit. Ce qui signifie que c’était la huitième… de tous les temps…

Re-transpiration  le long de la colonne vertébrale. Mais cette fois, d’émotion.

Finalement, cette journée qui devait être unique devenait carrément stressante et angoissante. Vu que moi, la dernière voiture que j’avais conduite, c’était une UP Gti qui valait 20’000 balles toutes options et neuve !!! Et personne ne m’avait donné son numéro de matricule. Soudainement j’avais l’impression que ça devenait personnel entre elle et moi.

En allumant le moteur je comprenais rapidement que la journée sur les routes du Sud de Londres serait extrêmement longue surtout au niveau du bruit…  210 chevaux pour un peu plus de 1000 kilos. Ça peut paraître ridicule de nos jours alors que la moindre Audi de haut de gamme frise déjà les 400 chevaux. Mais en 1972, quand la RS est sortie, un an après que moi-même je sois sorti d’usine – c’était énorme. Son rapport poids puissance et son agilité feront le reste.

Les premiers tours de roues furent un peu compliqué, car bien que mon destrier du jour ait été créé pour la France et avait donc le volant à la  même place que d’habitude, les routes, les feux et les giratoires étaient tous inversés.

Le bruit était donc là, aucun doute sur le fait que le moteur fonctionnait parfaitement, l’intérieur était rutilant, pas besoin de chercher le GPS ou l’autoradio, pas le style de la maison. Mais il y avait un toit ouvrant !!! Il faut l’utiliser avec parcimonie parce vu le temps qu’il met à s’ouvrir et à se refermer, à la moindre averse vous avez le risque d’avoir de l’eau jusqu’aux chevilles.

Pour le sentiment de conduite, je dois dire que l’on oublie rapidement la valeur de la voiture et que l’on se concentre sur le rétrogradage qui fait hurler le moteur et l’accélération étonnement rapide qui permet de dépasser à peu près tout ce que l’on veut du moment où l’on a compris d’où vient le trafic. Après quelques kilomètres, pardon, quelque Miles, la Porsche devient comme toutes les Porsche, assez facile à prendre en main, même si celle-là a un passé historique un peu plus pesant que la Porsche moyenne du banquier genevois.

Rapidement on se sent propulsé dans le passé, d’autant plus que la campagne britannique vous donne souvent l’impression d’être restée bloquée 20 ans en arrière. Sans compter que comme je participais à un rallye « historique », autour de moi, il n’y avait que des voitures qui n’ont rien à voir avec ce que l’on croise de nos jours au parking du centre commercial.

Là-bas, pas de Hyundai, pas de M3, pas de Mercedes GLC. J’ai roulé 80 Miles derrière une Mercedes 300 SL avec des portes papillon, pas parce que je n’arrivais pas à doubler mais juste parce que c’est trop beau et trop rare à voir rouler.

Petit détail de la 2.7 RS, quand le moteur chauffe trop, il cale. Il faut donc reconnaître que c’est moyennement agréable de devoir redémarrer à chaque feu, chaque stop, sans compter qu’il faut « EN PLUS » regarder à droite à la place à d’à gauche pour voir arriver le trafic. Ou c’est l’inverse, je ne sais plus. Le fait qu’elle cale est énervant, mais en même temps avec ces voitures dites « classiques », ce qui est bien c’est qu’on leur pardonne tout. Si votre Peugeot 5008 diesel acquise la semaine dernière vous faisait la même chose, vous auriez déjà envisagé environ une douzaine de moyens différent d’assassiner votre vendeur avant même l’arrivée du mécano du TCS.

Mais autrement il faut reconnaître que rouler avec une de ces vieilles dames est plus que génial. Soudainement toute la modernité dont on nous gave tous les jours, les écrans tactiles, les configurateurs de conduite, les GPS, la climatisation automatique individuelle y compris celle de la boîte à gants et du coffre pour le chien, les douze « pose-gobelets » et le tissu antidérapant dans le vide-poches (ça c’est chez Dacia) – deviennent soudainement profondément inutile et on a juste envie de retourner à la conduite pure… Se battre avec une boîte à vitesse qui vous fait comprendre que vous vous êtes raté avec l’embrayage, le moteur qui rugit à fond de deuxième et le châssis qui se tort sous l’effet de la puissance moteur qui se distribue un peu comme ça vient. Mais la vitesse et l’accélération sont là. Le bruit vous rappelle en permanence que vous n’êtes pas en panne.

Pendant cette journée dans le Country Side Britannique j’ai eu le sentiment d’être loin du monde qui est le mien. Un monde du passé, fait de voitures d’époque et de garden parties où y a des truc bizarres à manger et du champagne à boire. Pendant 24 heures vous vous retrouvez dans une ambiance qui n’existe plus et vous conduisez des voitures qui viennent d’une autre époque et vous vous dites inévitablement que c’était mieux avant.

Je voudrais remercier l’organisation du Hope Classic Rally pour avoir eu l’occasion de passer ces quelques heures d’exception qui donnent juste envie d’aller fouiner sur internet pour aller chercher un vieux truc à racheter et à bricoler. Et puis vous vous dites que vous avez deux mains gauche et que finalement votre Audi A3 dernière génération, toutes options est pas mal aussi.

Thomas Veillet

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Aujourd’hui, je me fais un trou en un

Depuis que j’ai commencé à m’improviser chroniqueur automobile, les gens ont très vite pris l’habitude de me demander – avant de savoir comment je vais – quelle est ma voiture préférée. Ça fait 12 ans que j’écris des chroniques sur la bourse et soudainement, je m’occupe de voitures et tout le monde se fout totalement de la bourse, des changes et de la couleur du Bitcoin.

Thomas Veillet

Thomas Veillet s’est lancé un peu par hasard dans l’écriture de chroniques boursières il y a 12 ans. Depuis, la passion ayant fait son chemin, il était temps de passer à autre chose que la finance.

Depuis quelques temps, il s’est lancé dans les « chroniques auto et moto » – pour apporter de l’expérience conducteur et ne pas saouler le lecteur avec de la technique… Technique que l’on trouve sur les autres sites…

C’est avec son habituel ton décalé qu’il va essayer de vous faire partager ses aventures au volant ou au guidon. Tant que la maréchaussée lui laissera son permis.

Chroniques financières journalières de Thomas :
www.investir.ch/auteur/thomasveillet/

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Qu’est-ce qu’une queue de canard et une voiture peuvent bien faire ensemble ?

by | 4 Aug, 2018

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